Réformer la formation des avocats
L’opinion d’un élève-avocat sur les propositions de réforme du CRFPA et leurs conséquences possibles sur l’accès et la formation à la profession.
Tribune et actualisation
La formation des avocats entre sélection et professionnalisation
Publiée en 2015 alors que Xavier Fruton était élève-avocat, cette tribune interrogeait l’accès à la profession, le contenu de la formation et l’égalité entre les étudiants.
Une opinion replacée dans son contexte
Le texte original est conservé ci-dessous, mais les propositions évoquées ne décrivent pas nécessairement le droit actuel. Un point distinct présente les règles applicables et les travaux en cours au 6 août 2026.
Accéder à la profession
Réfléchir à un examen plus homogènesans écarter des candidatssur des critères excessifs.
Apprendre le métier
Préserver une formation concrètefondée sur la pratique et l’alternanceavec les enseignements.
Garantir l’égalité
Éviter que le coût des parcoursou une relation de dépendancefragilise certains élèves.
Mise à jour 2026
Ce qui a changé depuis la publication
Depuis le 1er janvier 2025, l’accès de droit commun à la profession requiert en principe un master en droit, soit un niveau master 2, ainsi que la formation initiale conduisant au CAPA.
La formation demeure structurée autour de trois périodes : enseignements professionnels, projet pédagogique individuel et stage auprès d’un avocat.
La décision normative adoptée par le CNB en décembre 2023 s’applique aux promotions entrées en formation en 2025. Elle renforce les mises en situation, le contrôle continu, la stratégie juridique, la déontologie et la gestion de cabinet.
Le rapport évoqué en 2015
Les sept modifications alors proposées
Face à la perspective annoncée de près de 3 600 nouveaux avocats par an sur un marché déjà tendu, le rapport Haeri recommandait sept évolutions de l’examen d’entrée.
Créer un examen national pour homogénéiser la sélection.
Confier l’organisation aux barreaux, avec les universités.
Limiter le nombre de passages de l’examen d’entrée au CRFPA.
Supprimer l’épreuve écrite de spécialisation lors de l’admissibilité.
Supprimer l’épreuve orale de spécialisation lors de l’admission.
Fixer la moyenne générale à 12 sur 20 pour la phase d’admission.
Instaurer une note éliminatoire au grand oral.
Tribune originale
L’opinion d’un élève-avocat en 2015
Le texte suivant reprend l’argumentation publiée à l’époque, en conservant son raisonnement, ses réserves et ses propositions.
Le projet d’avocat référendaire
Faute de trouver un consensus avec les universités, le Conseil national des barreaux avait adopté les 10 et 11 octobre 2014 une proposition distinguant les avocats selon un critère temporel.
Il était prévu qu’après l’obtention du CAPA, les nouveaux avocats soient inscrits sur une liste spéciale tenue par l’Ordre. À l’issue d’une période d’un an, placés sous la tutelle d’un avocat référent, ils auraient obtenu un certificat de fin de collaboration référendaire établi par l’Ordre.
Il convient de rappeler que le post-stage avait été progressivement supprimé, car de nombreux avocats ne jouaient pas le jeu de l’embauche en collaboration, notamment pour des raisons financières. Un système pervers s’était également développé, certains avocats étant accueillis fictivement en collaboration afin de permettre leur installation. Cela aboutissait à deux années perdues au nom de la volonté de contrôler les nouveaux entrants sur le marché.
Avec cette proposition, deux questions se posaient : la première concernait la rémunération des avocats référendaires, la seconde l’établissement du certificat.
La rémunération de ces presque-avocats aurait-elle été affectée par la réforme ? Auraient-ils été rémunérés sur la base d’un stage ou d’une collaboration ? Cette question se posait légitimement aux futurs cabinets employeurs, au regard du nombre d’années d’études effectuées par chaque étudiant et d’un marché qui se durcissait.
Sur quels critères le certificat aurait-il été délivré ? Une mauvaise relation entre l’avocat référendaire et son référent aurait-elle pu influencer sa délivrance ? Les notes obtenues en contrôle continu en déontologie ou en orientation professionnelle auraient-elles influencé l’obtention du certificat ?
Ces questions restaient sans réponse au moment de la rédaction, laissant penser à une réforme mal anticipée. Selon l’auteur, il ne fallait pas sacrifier les étudiants ayant réussi le CRFPA puis le CAPA, mais renforcer le contrôle de l’accès à la profession dès l’examen d’entrée, la réussite au CAPA devant consacrer le professionnalisme acquis à l’école.
La réduction de la formation et la place du PPI
Le projet évoqué réduisait l’école à son strict minimum sur une durée d’un an. L’enseignement aurait été circonscrit à 270 à 320 heures sur quatre mois, le stage de six mois en cabinet aurait été conservé et deux mois auraient été consacrés à des stages de découverte optionnels, aux congés et à la préparation du CAPA. Le stage PPI de six mois serait devenu optionnel.
Une réelle rupture d’égalité entre les étudiants risquait alors de se créer : le suivi du stage PPI aurait été privilégié par ceux qui pouvaient y faire face financièrement. Cette optionalité paraissait aussi contraire à la volonté d’ouvrir la profession à l’international et aux entreprises.
Que serait-il resté des périodes de cours en alternance offertes par des centres comme l’EFB et l’HEDAC ? La réduction du volume d’enseignement risquait également d’affaiblir l’objectif de professionnalisation mis en avant par ces écoles. Si une réforme devait intervenir, l’auteur défendait plutôt la généralisation de l’alternance entre les cours et un stage concret en cabinet.
Un examen national pour limiter les disparités
La proposition d’un examen national paraissait aller dans le bon sens. Trop d’étudiants pratiquaient alors un véritable « forum shopping » dans leur inscription universitaire, en fonction de la difficulté des sujets obligatoires ou optionnels proposés par chaque institut d’études judiciaires.
Cela aurait supposé un transfert de l’organisation du CRFPA vers le CNB et les barreaux. Une telle organisation aurait eu un coût, mais l’auteur posait la question du prix à accepter pour protéger l’accès à la profession.
Ne pas limiter excessivement les tentatives
S’il paraissait souhaitable de contrôler l’entrée dans la profession, il ne fallait pas être plus restrictif en réduisant excessivement le nombre de passages. La magistrature permettait trois tentatives au premier concours, tandis que d’autres concours judiciaires concernant notamment les greffiers, la police, les huissiers ou les notaires n’étaient pas tous soumis aux mêmes limites.
Il ne fallait donc pas se priver de futurs confrères brillants qui n’auraient réussi qu’à la troisième tentative. Ce principe apparaissait d’autant plus important qu’un examen national aurait déjà réduit le nombre d’admissibles et d’admis. Il ne paraissait dès lors pas nécessaire d’ajouter une moyenne générale de 12 sur 20 à l’admission ou une note éliminatoire au grand oral.
Conserver les épreuves de spécialisation
Quant au contenu des examens d’admissibilité et d’admission, l’auteur ne jugeait pas opportun de supprimer les épreuves de spécialisation. Pourquoi les langues auraient-elles bénéficié d’un meilleur accueil que les matières étudiées et choisies pendant le cursus universitaire ?
Pourquoi supprimer les matières choisies à l’oral comme à l’écrit au CRFPA tout en envisageant ensuite une obligation de formation dans un domaine déterminé durant l’année d’avocat référendaire ?
Plusieurs questions demeuraient ainsi posées aux avocats comme aux candidats au CAPA sur l’avenir de la profession, tant dans son accès que dans sa formation. Elles appelaient des réponses efficaces, même si elles pouvaient sembler éloignées de la préoccupation immédiate des étudiants inscrits aux IEJ : obtenir le fameux sésame du CRFPA.
Xavier Fruton
Références citées dans la publication originale
- Joseph Jehl, « Avocat en Europe : les chiffres de la profession », Juris-Classeur Droit comparé, indiquant qu’il existait alors trois fois plus d’avocats en Allemagne et en Italie qu’en France.
- Rapport adopté par le Conseil de l’Ordre de Paris le 12 novembre 2013, Bulletin n° 32 du 19 novembre 2013.
- Post-stage progressivement supprimé par le décret n° 2004-1386 à compter de 2005.
- Note de la rédaction de l’article original relative à la réaction du vice-bâtonnier face à la proposition concernant le PPI.
Questions fréquentes
La formation des élèves-avocats en 2026
Ces réponses permettent de distinguer les propositions débattues en 2015 des règles et travaux actuels.
Quel diplôme faut-il pour devenir avocat en 2026 ?
Combien de temps dure la formation initiale ?
Qu’est-ce qui change pour le CAPA en 2026 ?
La formation peut-elle être organisée en alternance ?
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